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Longtemps envisagés comme de simples vecteurs d’image, les sièges sociaux s’imposent désormais comme de véritables leviers de performance au travail et de fidélisation des talents les plus recherchés. Aujourd’hui, place à l’écoute des futurs utilisateurs avec toujours plus d’espaces collaboratifs, de connectivité, de mobilité et de flexibilité relayées par des technologies innovantes.

Le nouveau visage des sièges sociaux collaboratifs par Jean-Marc Castaignon

Les startups ont bouleversé l’économie mondiale grâce à la puissance de leurs algorithmes. Mais également, en inventant un nouveau mode de travail collaboratif fondé sur la circulation ultrarapide d’idées au sein d’écosystèmes interconnectés en permanence. À travers leur succès, elles ont démontré les limites de l’organisation en silo. Et surtout, ces entreprises dirigées par une nouvelle génération d’entrepreneurs bousculent l’équilibre séculaire entre employeurs et collaborateurs en instaurant un nouveau contrat social fondé sur la promesse du bien-être au travail. Si pendant longtemps cette approche s’est limitée aux acteurs de la Tech, désormais, de plus en plus d’entreprises intègrent les recettes managériales des GAFA 1 avec un ingrédient essentiel, l’aménagement des espaces de travail pour leur siège social.

Une révolution profonde pour les sièges sociaux

Facile de concevoir un immeuble de bureau connecté sur son environnement où les idées circulent librement ? Eh bien pas tant que cela. Car s’il est aisé de transformer une salle de réunion vieillissante en espace tendance de créativité en associant un canapé fuchsia à deux fauteuils design, l’exercice s’avère beaucoup plus délicat quand il s’agit de repenser les modes de travail à l’échelle d’un siège social. C’est justement le métier de Jean-Marc Castaignon, Directeur Immobilier de Société Générale. Sa mission ? Assurer le pilotage de la performance immobilière du Groupe dans le domaine de l’immobilier d’exploitation, c’est-à-dire l’ensemble des bâtiments dans lesquels les salariés du Groupe exercent leur activité, à l’exception des réseaux de détail en France. Parmi ses récentes réalisations, les sièges sociaux de la banque à Londres, New York, Moscou, Prague, Alger, la plus grande salle de marché de France – l’immeuble Basalte à La Défense – ou encore, la Tour Granite, premier bâtiment de grande hauteur certifié HQE 2 de l’Hexagone. Pour celui qui imagine les lieux de travail d’une centaine de milliers de salariés à l’échelle de la planète, le mouvement auquel nous assistons aujourd’hui est tout sauf un phénomène de mode. « La conception de bâtiments attractifs, favorisant le travail collaboratif et les méthodes agiles répond à une tendance profonde de l’économie mondiale doublée de l’aspiration générationnelle des Millennials. L’intégration de ces dynamiques relève de la survie pour de nombreuses entreprises confrontées à la concurrence directe des acteurs de la nouvelle économie dans la course aux talents. »

Refléter une vision managériale

Mais impossible d’appliquer simplement des recettes. La conception d’un siège social nouvelle génération doit, pour être durablement performant, refléter une vision managériale et s’adapter parfaitement aux usages des futurs utilisateurs. « Le dirigeant doit être convaincu de l’intérêt de disposer de lieux ouverts où les salariés s’épanouiront et surtout, s’assurer de l’engagement à ses côtés de l’ensemble du management. » Enjeu : accompagner en douceur la modification des habitudes de travail et surtout lever tout risque de frein au changement.

Flexibilité et mobilité

Pour Jean-Marc Castaignon, même si chaque projet est unique, deux lignes de force se dessinent dans la création d’un nouveau siège social : la mobilité et la flexibilité. Le bâtiment doit permettre une totale mobilité au collaborateur. Il doit pouvoir choisir son lieu de travail en fonction de son activité – seul ou en équipe – mais aussi de son envie du moment. « C’est cette liberté de travailler où on veut, avec qui on veut, qui facilite le travail en équipe, accélère la diffusion de l’information et nourrit le plaisir de travailler au quotidien. » La mobilité s’accompagne donc d’une flexibilité totale des postes de travail. Les collaborateurs doivent être en mesure de retrouver une configuration identique – téléphone, ordinateur, accès aux données – quelle que soit leur localisation dans le bâtiment voire même en télétravail. Le tout, sans perte de connexion aux réseaux, dans n’importe quelle partie du bâtiment. Simple à dire mais cela suppose des réseaux complexes extrêmement puissants. « Le projet du Grand Paris Express ou encore les Lignes à Grande Vitesse comme celle de Paris Bordeaux réduisent énormément les distances. La mobilité qui se concevait à la dimension d’un bâtiment doit désormais s’élargir aux tiers lieux – comme les espaces de coworking – voire au domicile des collaborateurs. Intégrer la flexibilité et la mobilité des collaborateurs dans la conception d’un siège social permet à l’entreprise de bénéficier pleinement du potentiel de l’intelligence collective et d’anticiper les nouveaux enjeux sociétaux comme l’aspiration à davantage d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. »

Nouvelles connectivités

La mobilité et la flexibilité s’accompagnent donc d’une connectivité renforcée. Le siège social relie désormais ses utilisateurs grâce à des applications facilitant la réservation d’un poste de travail ou de réunion, de covoiturage voire inspirent des moments de détente entre collègues. « Si les salariés se sentent bien dans un espace qui leur apporte des opportunités de convivialité, ils n’ont pas forcément de raison de le quitter. Voilà pourquoi nous équipons nos nouveaux bâtiments d’équipements de loisir comme des babyfoots et des panneaux de basket ou encore nouons des partenariats avec des Food Truck pour réinventer l’expérience du restaurant d’entreprise. Nous proposons même dans certains de nos sièges des espaces dédiés au repos, accessibles à n’importe quel moment de la journée. » Les nouveaux sièges sociaux offrent aussi de nouvelles perspectives à travers les données qu’ils collectent. « Nous recueillons une somme majeure d’informations sur les usages (anonymes) des bâtiments en temps réel. Leur analyse permet aux entreprises de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue tournée vers un renforcement du bien-être des utilisateurs, une optimisation des usages et de l’énergie. »

Confidentialité et changement d'habitudes

L’ouverture des espaces de travail soulève généralement la question de la confidentialité. « C’est tout simplement une question de comportement à modifier. Une réunion confidentielle peut se tenir dans un espace qu’il suffit de réserver tout comme un appel téléphonique sensible peut se passer dans une cabine téléphonique située dans un espace partagé. Et le mouvement est profond puisqu’un nombre croissant d’entreprises s’affranchit de bureaux individuels pour leurs dirigeants. Mark Zuckerberg travaille ainsi aux côtés de ses milliers de salariés dans le nouveau siège social de Facebook, le plus grand Open Space au monde. »

Aucun surcoût, des économies

Malgré les idées reçues, concevoir un siège social favorisant le travail collaboratif et la mobilité de ses salariés représente le même investissement qu’un bâtiment traditionnel. Il permet même de réaliser des économies. « Au sein de Société Générale, nous expérimentons en permanence de nouvelles façons de travailler ensemble. Nous avons ainsi inauguré fin 2016 “Les Dunes”. Il s’agit d’un technopôle de 126 000 m2 dont 80 000 m² de bureaux, accueillant 5 000 experts intervenant sur la transformation digitale du Groupe. Les enseignements sont majeurs. Depuis le lancement du projet, nous sommes engagés dans une démarche de participation active des collaborateurs. Les retours d’expérience sont particulièrement positifs. Aujourd’hui, 83% d’entre-eux se déclarent satisfaits et surtout qu’ils ne souhaiteraient pas revenir en arrière. Côté financier, nous sommes parvenus à réduire le ratio du nombre de postes de travail par salarié. Il est passé de 1,2 poste par salarié à 1 pour 1. Et nous pourrions même l’abaisser à 0,9 grâce à la flexibilité et au télétravail. Cela représente une surface de 1 000 postes économisés ! »

Les Dunes - Val de Fontenay - un lieu majeur d'expérimentation

Les Dunes, un lieu majeur d'expérimentation

Les Dunes permettent d’expérimenter très concrètement de nouvelles pratiques. Les plus pertinentes seront généralisées dans l’ensemble du patrimoine du groupe et surtout partagées avec les clients de Société Générale. « Nous avons par exemple procédé à la suppression des poubelles individuelles. Résultat, les collaborateurs consomment moins de papier sans que cela impacte leur travail. Autre initiative forte avec un entretien des bureaux effectué en journée et plus la nuit. Cette approche prolonge notre engagement sociétal avec une notion du mieux vivre au travail inclusive, élargie à toutes les personnes extérieures qui travaillent sur un site au quotidien. »

13 conseils pour créer son nouveau siège social
  1. Traduire une vision managériale
  2. Créer une « learning expedition » pour découvrir les meilleures pratiques
  3. Associer les collaborateurs dès le lancement du projet
  4. Adapter le projet aux spécificités des métiers et des usages
  5. S'assurer de l'engagement du management
  6. Renforcer la connectivité du bâtiment avec son environnement
  7. Valider que le bâtiment est attractif pour les nouvelles générations
  8. Accompagner le changement auprès des équipes
  9. Créer des lieux de détente et de convivialité qui seront réellement utilisés
  10. Envisager des concepts innovants de restauration
  11. Utiliser les données recueillies pour améliorer l'expérience des utilisateurs
  12. Ne pas sous-estimer les investissements technologiques (visio-conférences...)
  13. Intégrer de nouvelles pratiques responsables comme le nettoyage en journée

 

(Propos recueillis par Andy Devriendt / Tarateyna)

1 Le terme GAFA est un acronyme formé par la lettre initiale des quatre entreprises Google, Apple, Facebook et Amazon.

2 En octobre 2009, la Tour Granite est certifiée HQE® Construction ; un an plus tard, elle reçoit la certification HQE® pour la phase d'Exploitation. Une fois acquis, le label HQE® Exploitation est remis en jeu chaque année à travers un audit de suivi. En décembre 2012, elle renouvelle sa certification. HQE® Exploitation et Utilisation.